❛Hymne pour la consécration du nouveau tabernacle❜

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jeudi 11 février 2010

❛Chung, côté pile et côté face❜


Inégal concert que celui donné le 5 février à la Cité de la Musique dans le cadre du cycle "Orientalisme". Tout entier dédié à Ravel, il n'a guère d'orientalisant que Shéhérazade et Daphnis  (ce dernier d'inspiration plus hellénique qu'orientale d'ailleurs). Le reste se répartit entre un ballet - Ma mère l'Oye - et une "danse" hors norme - La Valse. Avec un cast à faire saliver : Myung Whun Chung à la tête de son Philharmonique de Radio France, Anne Sofie von Otter apparaissant en guest star. La mezzo a déjà enregistré Shéhérazade avec Boulez (vidéo ci-dessous, n°2 "la Flûte enchantée"), et l'a plusieurs fois chanté en public. Y compris en réduction pour piano et avec beaucoup de classe, au Palais Garnier en 1999. Une spécialiste, donc ? Voire.

L’orchestre de Ravel, dans le premier poème “Asie”, n’est pas spécialement frugal. Il est même très nourri, avec une dynamique exigeante imposant souvent à la voix de déclamer forte les sonorités ésotériques de Tristan Klingsor sur une débauche de luxe instrumental. Chung, attentif aux chanteurs en chef d'exception qu’il est, fait tout son possible pour contenir et adapter cette lave en fusion aux moyens volumétriques modérés de la chanteuse. Experte du répertoire français, narratrice émérite et dotée d’une projection exemplaire, la Suédoise ne franchit pourtant pas (plus ?) la barrière des décibels. La voix, devenue plutôt blanche et mate, malgré des efforts visibles dans l’articulation, fatigue ; elle ne parvient pas à faire goûter toutes les syllabes, dont certaines disparaissent dans les limbes. En revanche, elle donne parfaitement le change au cours de “la Flûte enchantée” et de “l’Indifférent”, autres bijoux aux atours instrumentaux plus légers il est vrai.


Anne Sofie von Otter est une artiste exemplaire, à la carrière exceptionnelle - sans contredit l'une de mes cantatrices préférées. L’intelligence avec laquelle elle sait compenser le vieillissement naturel de ses moyens par la diversification de ses emplois (exemple récent, sa belle
 Grande Duchesse d'Offenbach à Pleyel en janvier), doit l’amener logiquement à renoncer à ce type d’apparition sous-dimensionnée. Vocalement en difficulté, la diseuse offre malgré tout une composition fascinante, ainsi qu'en fait foi la vidéo intégrale du concert consultable en ligne (1).

Juste avant, Myung-Whun Chung a livré l’intégralité du ballet  Ma mère l’Oye, en version orchestrale. Il m’a été donné, voici quelques années, d’entendre la partition originale pour piano à quatre mains, avec les sœurs Labèque, au festival de Montpellier, débordante de couleurs et de vie. Très agréable souvenir, que ne ravive pas le tableau brossé par le chef coréen, pointilliste à souhait (quel délié des vents !) - mais aussi d'une uniformité étonnante. Les numéros se suivent avec un caractère identique, aussi poétique que monotone. Trop léché justement, et donc trop poli pour être sinon honnête, du moins captivant.

Changement de braquet avec Daphnis et Chloé. Malgré l'impressionnant effectif orchestral, Chung renchérit encore sur le délié des détails, ciselés à l'envi dans une progression dynamique enivrante. A cet égard, les Danses clôturant chaque Suite, "danse guerrière" et "danse générale", permettent au démiurge coréen de se soûler dans un tourbillon dionysiaque dont il est, on le sait, un spécialiste. Rien de routinier cependant, le travail étant assez raffiné pour soutenir l'attention des plus blasés. Par l'entremise de La Valse, morceau de choix des plus grands noms de la baguette, le vertige devient vertu cardinale, jusqu'à l'étourdissement. Autant qu'il m'en souvienne (Montpellier, toujours), le maestro n'avait pas encore poussé si loin le martèlement de la syncope. Non qu'il s'agisse d'un simple procédé ; mais d'un substrat, d'un engrais inhérent à la partition - qui se trouve ici poussé à son paroxysme, au risque d'agacer. C'est bien sûr à ce type de parti-pris, osé, assumé et réussi, qu'on reconnaît et adoube les plus grands. Fût-ce à mi-temps.

(1) Shéhérazade y commence à la 31° minute.

05/02/2010 - Paris, Cité de la Musique ★ Concert Ravel, dans la série "Orientalisme", par l'Orchestre Philharmonique de Radio France. Direction de Myung-Whun Chung ; Anne Sofie von Otter, mezzo-soprano ★ Ma mère l'Oye, ballet intégral (1911). Shéhérazade, trois poèmes pour mezzo et orchestre d'après Tristan Klingsor (1903). Daphnis et Chloé, suites n°1 et 2 d'après le ballet éponyme (1911-13). La Valse, pièce symphonique sur une commande de Diaghilev (1920).

Crédits iconographiques : Anne Sofie Von Otter, C. Bengtsson /DV - Myung Whun Chung, DR

samedi 1 décembre 2001

[Archive] ❛Le testament Delius de Sir Thomas❜


Le 11 Janvier 1908, un jeune (mais déjà renommé) chef d’orchestre britannique de vingt-huit ans, Thomas Beecham, donnait à Liverpool Paris, the song of a great city de Frederick Delius (1862-1934), compositeur que le Quartier Latin - justement - surnommait « le grand Anglais ». Le 7 Mai 1960, Sir Thomas, lors de son ultime concert de Portsmouth, tirait sa révérence avec, entre autres, Florida suite; une des toutes premières créations de Delius, écrite en 1884 sur le Nouveau Continent. Entre ces deux dates, Beecham dirigea plus d’un millier de fois (!) les oeuvres de son compatriote, dont il fut l’ami et le soutien le plus important jusqu’au bout. Il en créa beaucoup, dont l’opéra A village Romeo and Juliet (presque jamais joué), et ce monument de l’histoire de la musique chorale, guère plus heureux dans la postérité interprétative : A mass of life (Eine Messe des Lebens). Au Prom’s, à Londres, on se régale de son art inclassable le plus naturellement du monde ; aux côtés d’Arnold, Bax, Elgar, Finzi, Vaughan-Williams... La France, qui ne se souvient presque plus d’un Albert Roussel, et où Delius passa (à Gretz-sur-Loing) près de quarante des soixante-douze années de sa vie, semble mettre un point d’honneur à le maintenir dans le plus profond des oublis. 

Ce panthéiste apatride, tel un Jean Giono musical, traite l’orchestre avec un raffinement inouï ; le seul peut-être à constituer un ciment décisif entre Wagner et Debussy - de qui il est l’exact contemporain -, tout en annonçant Strauss. La preuve par l’exemple avec Brigg fair, un cheval de bataille que Beecham enregistra à Abbey Road dès 1928 : ne dirait-on pas de ce splendide poème qu’il marie Siegfried Idyll au Prélude à l’après-midi d’un faune, avec la manière centrale d’Ainsi parlait Zarathoustra ?! La patte exceptionnelle du chef, âgé de soixante-dix-huit ans, s’y est encore enrichie dans ce disque-testament, avec un tempo plus modéré et une onctuosité de cordes à damner un saint. 

La Florida suite - on y revient - est d’autant plus précieuse que c’est Beecham lui-même qui publia cette merveille : Delius ne l’entendit jamais jouer de son vivant. Même réduite à son premier volet, « Daybreak-Dance », la partition happe l’auditeur par cette candeur pastorale, que le vieux Sir Thomas cultive avec une gourmandise d’enfant rêvant d’années de pèlerinage. Les deux Pièces pour petit orchestre font chavirer par une délicatesse des vents (les cors !), très caractéristique de Delius, et que le maître sait faire chanter d’incomparable manière depuis certaine Flûte mozartienne de 1938 (les deux Finales...). Une sorte de nirvana, un festin arachnéen si l’on peut dire - luxe de couleurs et sobriété de ligne - ressort de la Dance rhapsody n° 2 et de Summer evening, pour déboucher sur un Intermezzo de Fennimore and Gerda à tirer des larmes. Résultat identique avec Irmelin prelude et Sleighride : du très très grand art. 

A song before sunrise
que Beecham réalise, avec la plus grande osmose possible, son dernier hommage à l’une des plus fortes et plus fécondes amitiés musicales de l’histoire ; en même temps que ses propres adieux à la Muse en studio (avec la mythique Carmen de 1959). Depuis la première matrice de 1945, guère plus ancienne pourtant, le mage semble reparcourir le jardin de Klingsor avec tout l’enchantement du vendredi saint ! Ode inquiète, tendre et rassérénée à la fois, au balancement irrésistible, que l’on meurt d’envie de rebaptiser "A song before sunset"... Quel dommage que le chef n’ait pas refait pour la circonstance un des intermèdes de A village Romeo and Juliet (première gravure Columbia, 1927), dont le nom seul qualifierait ce CD : « The walk to the paradise garden » !

Assurément, un titre de gloire pour Frederick Delius, qui en a bien besoin de ce côté-ci de la Manche ; parallèlement, l’un des plus fabuleux disques de compilation orchestrale pure du patrimoine - avec le Richard Strauss de Karajan chez DGG « The Originals » ! Et une couronne impériale sur la remarquable collection EMI « Great recordings of the century », pour le mélomane bien plus qu'une mine : une corne d'abondance.

Frederick Delius : Oeuvres Orchestrales ★ Brigg fair (An english rhapsody) ~ Dance rhapsody n° 2 ~ Deux pièces pour petit orchestre : On hearing the first cuckoo in spring, Summer night on the river ~ A song before sunrise ~ Fennimore and Gerda : Intermezzo ~ Irmelin prelude ~ Sleighride ~ Summer evening ~ Florida suite : Daybreak - Dance ★ Royal Philharmonic Orchestra, direction : Sir Thomas Beecham ★ Enregistrements stéréophoniques de 1956 et 1957, son magnifiquement remastérisé aux studios EMI d’Abbey Road en 2001 ★ 1 CD EMI « Great recordings of the century » n° 7 24356 75522 2

Crédits iconographiques : EMI Classics - Portrait de Frederick Delius sur Tore's classical website ★  Article publié initialement sur Altamusica.com
 
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