❛Hymne pour la consécration du nouveau tabernacle❜

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mardi 4 juin 2002

[Archive] ❛Chopin par Moravec : Bohemia, vis tragica❜


Sous l’égide de l’AFAA (Association Française d’Action Artistique), « Bohemia Magica » (Une saison tchèque en France) a trouvé semble-t-il en Fontainebleau – son château, sa forêt immense et solitaire, ses III° Rencontres Musicales ProQuartet –, un écrin idéal. Bohême et Moravie constituent, évidemment, l'ossature de cette manifestation. A juste titre : outre les «quatre grands» Tchèques enfin reconnus en France (Dvorak, Janacek, Smetana, Martinu) ; d’autres, plus obscurcis par la nuit et le brouillard, conquièrent la place qui leur est due. Chapeau bas à la programmation, qui jusqu’au 23 juin n’omet pas les «maudits» assassinés au camp de Terezin : Ullmann, Krasa, Haas. Et bravo de placer à leurs côtés Erwin Schulhoff, dont le legs en musique de chambre est considérable, quasiment inconnu pourtant…Tout comme Erich Wolfgang Korngold, Alexander von Zemlinky – dont sera donné un Quintette avec deux altos (on songe bien sûr aux deux violoncelles de Schubert !).




Les « pivots » de répertoire – ce soir, Frédéric Chopin – ne sont pas omis ; pas plus, et c’est absolument capital, que les compositeurs d’aujourd’hui (Maratka, Klusak…). En compagnie d’interprètes du cru (Moravec, le Quatuor Prazak) et de valeurs confirmées telles que Maurice Bourgue, François Salque et le Quatuor Johannes. Voilà un prélude prometteur à la constitution, promise pour 2004, du CEMC (Centre Européen de la Musique de Chambre) ! Complimentons Georges Zeisel, directeur de ProQuartet, Guy Erismann, le Conservateur du Musée et le Président du Conseil Général de Seine-et-Marne ; tous investis dans un travail… napoléonien, qui n’a rien soustrait à leur exquise urbanité. Un regret, tout de même : la «Salle de la Belle Cheminée» n’est vraiment pas un auditorium idéal. A la laideur de ses (trop) hauts murs écrus et nus, aux contre-indications sonores regrettables, s’ajoute un manque d’entretien légèrement ennuyeux pour les relations publiques… Attendons de voir les améliorations que promet la plaquette de présentation.

Ivan Moravec est né à Prague en 1930. Élève de Benedetti-Michelangeli – il y a des mentors moins doués –, il lui a fallu attendre 2002 (cette année, oui) pour que Cannes, via le « Classic Award », lui attribue une récompense de prestige. Conséquence de feu le Rideau de fer sans doute : quoiqu’ayant joué un peu en Occident, ce pianiste n’y connaît pas la renommée que les huit Mazurkas (de 1830 à 1846) choisies pour l’ouverture devraient normalement lui assurer. Desservi, on l’a écrit, par une acoustique en retrait, il parvient à ressourcer l’opus 68 n° 2 (des triolets irrésistibles alla Schubert), comme l’opus 30 n° 3 (un arc de triomphe organistique, aux temps forts martelés, « lisztien »), sur un remarquable Steinway. L’homme pratique autant le Chopin à fleur de peau que celui, plus risqué mais parfois plus goûteux, des travaux d’Hercule ! Le souvenir de Samson François dans la Quatrième Ballade est encore si prenant, que la comparaison ne peut s’esquiver. Même son projeté à foison, comme par gerbes ; mêmes accents de la Totentanz de Liszt (encore) ; même fusion du cérébral et du viril. Avec une palette dynamique de héraut torturé – des pianissimi à dresser les cheveux sur la tête –, le Tchèque prépare bien le terrain de sa pierre de touche, la Sonate « Funèbre ».


 

Entre-temps, une rareté. Entend-on souvent au concert la Fantaisie en fa mineur opus 49 ? Pas trop, non ; à Moravec d’en faire sourdre des cascades de pépites, avec des ruptures de tempo affolantes. C’est parfois Atlas soulevant le monde qu’il nous fait entendre : toujours ce Chopin mâle, sans la connaissance duquel toute approche du plus grand des Polonais reste inaboutie. Adieu boudoirs, douceurs et orgeat : Dieu que cette page est foisonnante… Diptyque parfait avec la Ballade : fa mineur toutes deux, tiens donc : révérence envers Mozart, auteur de la doublette en ut mineur Fantaisie/Sonate ? Allez savoir... Autant le pianiste est énergique à son clavier, autant il est on ne peut plus marmoréen dans ses saluts. On ne peut que louer cette sobriété ; mais il est dommage qu’on ait «fabriqué» ces hommes de fer, là où palpitent tant d’hommes de cœur. Soixante-douze ans, et tant d’amour encore à donner…
 


De la mort, aussi.

C’est intimement lié, remarquez. Ivan Moravec le sait bien, dans son humilité, face à la page emblématique, et si célèbre – contrairement à la précédente. Agitato de Sonate en si bémol mineur plus trépidant et maladif, a-t-on jamais entendu, au concert comme au disque ? Si le «Saturne dévorant ses enfants» de Goya n’est pas ici en musique : où sera-t-il ? Quelques brusques excès dans le Scherzo, d’une difficulté extrême il est vrai – la fausse note n’est pas très loin –, n’entachent pas cette montée  d’exception. Pour preuve, le «Trio», si l’on veut le nommer ainsi, d'une perversité de Roi des aulnes : la Marche Funèbre en découle logiquement. Binaire, insoutenable, elle étreint et emporte tout... avec un legato digne d'un concerto de Mozart. Pathos évacué, tendresse ajoutée même : Zimerman exclu (et hors d’atteinte), on n’a pas entendu telle réussite dans cette œuvre, ces dernières années. Encore une fois, pourquoi le pianiste tchèque est-il si peu « populaire » ?





Il reste à laisser le vent de la tombe emporter dans le Finale des feuilles fanées et roussies : cette Camarde est pressée, elle a tant de travail ! La bourrasque morbide évoque Schubert, Mozart, Liszt - celui des Années de Pèlerinage… Normal : centrale est cette Europe, si longtemps annexée ; notre dandy poitrinaire savait sa slavité, tout comme la revendique Ivan Moravec. Ce qui n'empêche pas ce dernier de rende hommage au patrimoine hexagonal, par deux bis qui rappellent d'ailleurs le pointillisme du Polonais. En particulier, après ces turbulences délétères, un Debussy (Children’s Corner) incroyablement caressant et maternel.


01/06/2002 - Fontainebleau, Salle de la Belle Cheminée ★ Frédéric Chopin : Huit Mazurkas, écrites entre 1830 et 1846. Ballade n° 4 en fa mineur, opus 52. Fantaisie en fa mineur opus 49. Sonate en si bémol mineur n° 2 opus 35 "Funèbre" ★ Ivan Moravec, piano Steinway.

Crédits iconographiques : Ivan Moravec,  Anost Nosek - Frédéric Chopin, Pianoparadise.com ★ Le site d'Ivan Moravec : http://www.ivanmoravec.net/ ★ Le site de ProQuartet Fontainebleau : http://www.proquartet.fr/ ★ Une page d'hommage à Guy Erismann, grand spécialiste de la musique tchèque, décédé en 2007 : http://www.radio.cz/fr/article/98566 ★ Article publié initialement, sous une forme légèrement différente, sur ConcertoNet.com
 
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