❛Hymne pour la consécration du nouveau tabernacle❜

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jeudi 4 février 2010

❛C'est donc ici la maison du Bailli❜

Werther était dans les chaumières ce soir, Arte soit loué ! Voici une captation qu'on peut réellement qualifier d'historique, après bien des retransmissions mitigées... J'y ai tout simplement trouvé davantage de plaisir musical - malgré le son TV - que dans le vaisseau glacial de Bastille, lorsque j'ai assisté à la première. D'ailleurs, en dépit de la froide nudité (voulue ?) des décors, ce que j'avais visuellement peu aimé alors m'est apparu très séduisant dans son écrin cathodique. Benoît Jacquot est bien sûr un homme de cinéma, les caméras rendent justice, avec précision, à un travail très fouillé sur les expressions des visages, les gestuelles minimalistes, les postures esquissées... L’acte III y gagne une grandeur toute bergmanienne - mâtinée de Georges de la Tour - c'est évidemment très beau. Problème : cela n'est pas mis en valeur quand on est à l'opéra... car on y est éloigné du plateau, et donc on n'en perçoit que peu de choses. La démarche de Jacquot, auteur par ailleurs d'un film sur la Tosca, s'en trouve forcément contingentée. Dommage.

Musicalement, c'est anthologique ! Le niveau s'est nettement relevé depuis cette première du 14 janvier - pourtant assez impressionnante à bien des égards. Le maximum de plus-value est pour Jonas Kaufmann, transcendant (il n'y a pas d'autre mot). La page de la convalescence et du trac est maintenant tournée (1), ainsi même son acte I, si timide lors de la prise de rôle, se meut dans des cimes légendaires ! Qu'admirer le plus, et qui n'ait déjà été loué par d'autres ? Le timbre sombre, contrepoint parfait de la clarté d'émission et de diction ? La variété de dynamique, appliquée sans affèterie ni détimbrage ? Un rendu à la fois viril et fragile - comme il sied à ce  héros - d'aigus forte restitués sans le moindre effort apparent ? La beauté sans pareille du legato, dans la langueur comme dans l'énergie ? Des nuances infinies, toujours en situation, qu'on n'entend pas ailleurs ? La composition du personnage enfin, d'une hébétude obsessionnelle de gamin à la dérive ? Non, vraiment, je n'ai jamais rien entendu ni vu de pareil dans ce rôle ! Qu'importe alors que la lecture soit "germanique" ou "latine", cela n'aurait guère de sens ici...  Du reste cet abord très intellectualisé, alla Goethe, sobre et nu, outre qu'il répond à la scénographie, traduit mieux les tourments de Werther que certains débordements "méridionaux" (Corelli, par exemple).


Sophie Koch n'est pas en reste, elle aussi a littéralement brûlé les planches hier. Quelle Charlotte magnifique ! La qualité du métal n'est peut-être pas celle de Graham, que j'admire aussi, mais tout dans sa leçon de chant - appelons-la ainsi - force l'enthousiasme. Je retiens par-dessus tout chez cette artiste une capacité d'investissement théâtral brut, fougueux, désespéré même, sans grand équivalent aux actes III et IV ; cela, jamais aux dépens d'une ligne vocale impeccable, sans débordement, sanglot - ni poitrinage... Évoquer un «jeu à l’ancienne» me semblerait bien vain, dès lors que c’est tout le déchirement du personnage qui déferle ici, torrentiel et comme incontrôlé. Quelle beauté purement plastique, aussi, que cette figure de mater dolorosa digne d'un Vermeer... Respect, madame !
Rien dans l'environnement de ces deux protagonistes qui risque d'altérer un tant soit peu l'alchimie. Anne Catherine Gillet poursuit son petit bonhomme de chemin : en Sophie elle me semble sans rivale actuelle possible, usant d'une ingénuité cristalline  dépourvue de mièvrerie qui porte sa partie au niveau d'une Soeur Constance. Ludovic Tézier compose un Albert de luxe, presque surdimensionné, quoique ses efforts portent davantage sur le coloris que l'articulation assez molle. On retrouve toujours avec plaisir Alain Vernhes en Bailli stylé, débonnaire sans être ridicule. Et Michel Plasson ? Pour sa première (!) prestation à Bastille, connaissant son Werther sur le bout des doigts, il est véritablement en état de grâce, et certes plus inspiré que dans son enregistrement de studio (1979). Introspectif, grave, ciselant à son rythme - fort lent - mille détails souvent gommés au bénéfice des deux principaux chanteurs, il met davantage l'accent sur l'évolution intérieure des amants impossibles que sur des manifestations expansives. Seule fait exception la partie de Charlotte au III, où le chef semble comme emporté par la sincérité de Koch.

Je termine avec des solistes instrumentaux hors pair (Emmanuel Ceysson si sollicité à la harpe, son confrère saxophoniste bouleversant dans l'air des larmes...) apportant leur contribution au miraculeux équilibre de l'ensemble. Rarement un opéra télévisé m’aura produit un tel effet : cette diffusion me hante, pour tout dire. Voilà un grand moment du service public franco-allemand (2), que l'Opéra s'honorerait de confier au DVD. Répétons en chœur : vivat Werther, semper vivat...

(1) Rappelons que le ténor allemand convalescent a dû réfuter une générale publique, ne pouvant chanter à pleine voix, et a même annulé la troisième représentation.
(2) De ce point de vue binational, l'œuvre et ses deux principaux interprètes ne pouvaient être mieux choisis.

14 & 26-01-2010 - Paris, Opéra Bastille ★ Werther, de Jules Massenet, production de Covent Garden 2004, mise en scène de Benoît Jacquot, direction musicale de Michel Plasson ★ Avec Jonas Kaufmann (Werther), Sophie Koch (Charlotte), Anne Catherine Gillet (Sophie), Ludovic Tézier (Albert), Alain Vernhes (le Bailli)... ★ Diffusion en léger différé sur Arte au soir du mardi 26 janvier.

Crédits iconographiques : Opéra national de Paris / Elisa Haberer.
 
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